Correspondance. Anne, ma soeur Anne, séduire serait-il mentir, vraiment?

Publié le 27 Août 2014

Correspondance. Anne, ma soeur Anne, séduire serait-il mentir, vraiment?

Très chère,

Il y a peu, vous «découvriez benoîtement», pour reprendre vos mots, mon billet au sujet de l'Art de la séduction -à la Languedocienne- et vous êtes alors servi de votre plume afin d'exprimer votre ressenti sur le sujet (voir ici : http://adelaisetjasmine.over-blog.com/2014/08/le-pecher-de-vigne-ou-l-art-de-la-seduction.html). Pour mes lectrices et lecteurs, j'ajoute en lien votre article surprenant, criant à mon sens de clichés sexistes, et je vous remercie de me donner ainsi du blé à moudre, car les échanges ayant matière à réflexion profonde ne courent pas les trottoirs citadins si étroits.

Oui, je l'affirme à nouveau, j'aime séduire. Non pas un inconnu, les hommes en général, mais mon âmant. J'insiste sur l'accent circonflexe. Subjuguer, faire perdre la tête, induire à des états de conscience modifiée, cela me plait. Juste pour la grande beauté et la magie de l'instant.

Au sujet de mes kilos superflus, voyez-vous, -car ils le sont- même si je m'efforce de m'accepter telle que je suis après avoir pris 26 kg suite à une médication ayant chamboulé mon hypophyse, j'aspire à retrouver la ligne -un petit 40/42- afin de prendre plaisir à me vêtir comme il me plait, et non comme je le peux ; tout en me remettant au sport afin de me galber (je n'aime pas les bourrelets inesthétiques que font les bas sur mes cuisses). Ayant qui plus est un métier tourné vers le public, ma présentation compte : vous n'êtes pas sans savoir qu'en ce monde, fondé sur les apparences, tout se joue dans les 3 premières minutes, les trois premiers regards, les trois premiers mots, les trois premiers gestes. Mieux vaut donc être alèse et droite dans ses bottes.

Mais revenons-en à l'objet de cette réponse. Non, vraiment, quand on sait qu'étymologiquement le mot séduction nous vient du latin ECCLÉSIASTIQUE seductio, c'est à dire action de corrompre, et que ces mêmes ecclésiastes et autres docteurs en foi utilisent ce vocable essentiellement pour définir la tentation, qu'elle émane du diable ou des femmes libres, à la sexualité affirmée et à l'intellect indépendant, opposant donc la pureté au vice suprême du mensonge que revêt la tentatrice, alors que merda, c'est bien aux hommes d'apprendre à résister, faibles et lâches pour ceux qui succombent et ne le devraient pas ... Pas question de materner ou de soumettre, mais de faire perdre la conscience de l'espace, du temps, et de la matérialité. Non, vraiment quand on sait que séduire nous vient du Latin subdūcere « soulever; retirer » «Tirer de bas en haut»... Non, vraiment, quand on sait que certaines opposent séduire (ou "charmer" je devrais dire) à être soi-même ... Assimilant donc séduction et mensonge, alors que c'est ce que font les Pères de l'Eglise avec Lilith, La Reine de Saba ou Salomé pour ne citer qu'elles....

Non, vraiment, je ne comprends pas pourquoi on ne rend pas ses lettres de noblesse à cet Art millénaire, j'avais pour ma part en tête l'érotisme au sein du couple, (au sens noble, pas de cliché pornographique), qui est bien un jeu de séduction, pas aussi superficiel qu'il n'y parait à mon sens car source d'inspiration et de méta-morphoses, sublimant des états d'âme rares hors sentiments -du moins pour moi-. Vu la confiance que ce genre de joute demande, et n'accordant cette dernière pleinement que par amour, il va de soi que cette séduction, instrument d'émois (bien connu des Trobardors et Trobairitz) ne peut être assimilée à un mensonge, mais bien à une joute, un duel (non sado-maso, cela va de soi) ... De l'éros à l'agapé dites-vous, en effet, pour moi la libido est graduelle (sexe/coeur/conscience/esprit) et trouve sa pleine raison d'être, vitale, dans le clair obscur de la psyché. Enfin bref, on peut être parfaitement soi-même en séduisant et en mettant son âmant à la "merci" de ses charmes, soulever son âme, le retirer de la mondanité.

Il est bien question, à mon sens, de séduction [subdūcere, tirer de bas en haut, donc, élever] chez les fedeli d'amore, dont je ne peux m'empêcher d'associer la Tradition (ésotérique) à celle du Trobar ... La sublimation de la frustration, c'est à dire la transmutation du désir -qui donne des ailes comme le souligne le mythe d'Apulée Éros et Psyché- est une joute se pratiquant réellement à deux. Hélas, nous n'avons guère d'exemple de femmes fedeli d'amore/fidèle d'amour. Dans tous les cas, il est bien question d'alchimie spirituelle. Quelques Trobairitz, c'est mieux que rien. Et l'excellent ouvrage de R.Nelli "L'érotique des Troubadours" ainsi que celui de Delphine Aguilera "Femmes poètes du moyen-âge : les trobairitz".

Non, vraiment, le complexe madone et catin est une invention misogyne.

Sororellement,

Rédigé par Cicne&Ròsa

Publié dans #Spiritualité, #Symbolisme, #Sexualité, #Société, #Féminisme, #Religion

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Commenter cet article

selene 28/08/2014 00:36

Autant il est important psychologiquement de se sentir bien dans son corps autant que dans son esprit, il m'est impossible de soumettre Ma liberté et celle de l'Autre à la séduction poussée aussi loin. Perdre la tête ou faire perdre la tête ne me semble pas totalement favorable à une relation bâtie sur des bases d'adulte à adulte (analyse transactionnelle). La séduction extrême que tu décris me semble conserver la relation à un stade parent/enfant, qui n'est pas forcément le nec plus ultra du couple.

Cicne&Ròsa 28/08/2014 00:47

* condamnées

Cicne&Ròsa 28/08/2014 00:47

J'entends ton point de vue, mais le point de non-retour, quand il est communion spirituelle n'a rien d'enfantin ou de puéril, du moins quand tu n'es pas face à un oedipien -pour rester dans la psychologie analytique-...
Certaines, à ce jeu, on perdu la vie en montant sur les bûchers, condamnes pour sorcellerie par la très sainte inquisition ...