Berthe-Corinne Le Barillier (Jean Bertheroy) , "Sémiramis".

Publié le 3 Décembre 2014

Berthe-Corinne Le Barillier (Jean Bertheroy) , "Sémiramis".

Ce n'était pas assez d'étendre son empire
Des rives de l'Euphrate au fleuve Etymander ;
Ce n'était pas assez de conquérir la mer
Et de fertiliser le pays de la myrrhe.

Il lui fallait encore des palais de porphyre,
Des jardins suspendus sous les feux du soleil,
De gigantesques tours dont le dôme vermeil
Captive les rayons de l'astre qui s'y mire.

Il lui fallait des lacs au bord des quels le soir,
Charmeresse lascive elle venait s'asseoir,
Quand sa voix se mêlait à celle du zéphyre ;
Alors elle rêvait qu'accélérant leurs pas
Les plus beaux fils d'Asie accouraient dans ses bras
Avec des élans de satyre.

***

Car elle était la femme aux désirs invaincus.
Dercéto qui l'avait, au souffle de Bélus,
Engendrée en la nuit profonde
Avait mis dans son âme et jeté dans son sang
Le germe du génie indomptable et puissant
Qui devait étonner le monde.

A son pouvoir sans nom rien n'avait résisté :
Elle avait tout sondé, tout refait, tout tenté,
Créé des forts et des royaumes ;
Elle avait dominé les peuples insoumis,
Et devant sa grandeur ses plus fiers ennemis
S'effaçaient comme des fantômes.

Et quand elle attirait sur son coeur triomphant
Le Chaldéen nubile ou le Médique enfant
Le prince ou le soldat farouche,
Nul de de ceux qu'elle avait admis à son baiser
-Philtre que versait l'âme au corps sans l'apaiser-
Ne sortait vivant de sa couche.

***

Pour immortaliser leur rêve souverain
D'autres s'étaient taillés dans le marbre ou l'airain
Une impérissable statue ;
Mais elle, qui changeait toute chose à son gré,
Dédaignait de sentir d'un contour mesuré
Sa gloire immense revêtue ;

Et s'attaquant au sol d'un gigantesque mont,
Elle ordonna qu'il prit la forme de son front,
Le galbe de son corps splendide ;
Et le mont ébauché projeta sous le ciel,
En face des splendeurs étranges de Babel,
L'ombre de la reine Abbasside !...

***

Maintenant des chacals sont errant en ces lieux
Et plus rien ne survie aux jours de Babylone :
Une arcade brisée, une antique colonne
Rappellent tristement le lointain glorieux.

Des herbes ont poussé sur le terrain crayeux
Où jadis s'élevaient les temples de délices ;
Et, louches instruments des suprêmes justices,
S'y promènent en paix des scorpions hideux.

Sémiramis est morte et mort Sardanapale ...
A peine voyons-nous encor leur face pâle
Dans la nuit du passé se dresser à nos yeux ;

Car rien n'est éternel ni l'orgueil ni la gloire,
Et les voyant si grands, la décevante Histoire
Doute des Héros et des Dieux !

Sororellement,

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