Emily Dickinson, morceaux choisis.

Publié le 29 Avril 2015

Emily Dickinson, morceaux choisis.

Il n'y a pas de frégate comme un livre,
Pour nous emporter en terre lointaine,
Ni de coursier comme une page,
De fougueuse poésie—
Le plus pauvre peut être du voyage,
Sans l'injure du péage—
Qu'il est frugal le chariot,
Qui transporte l'âme humaine.

***

Doux scepticisme du cœur—
Qui sait —et ne sait pas—
Et tangue ainsi qu'une flotille,
De parfums affrontant la neige,

Qui appelle et diffère la vérité,
Craignant la sèche certitude,
Comparée à l'exquis tourment,
Passion frémissant de peur—

***

Il y a une solitude de l'espace,
Une solitude de la mer,
Une solitude de la mort,

Mais toutes seront nombreuses,
Comparées à ce lieu plus profond,
A cette intimité polaire,
Une âme qui se reconnaît elle-même—
Infinité finie.

***

J'étais morte pour la beauté, mais à peine
Etais-je installée dans la tombe,
Qu'un autre, mort pour la vérité,
Fut mis dans une chambre à côté—
Doucement il demanda «pourquoi j'étais tombée»;
«Pour la beauté», répondis-je—
«Et moi, pour la vérité, c'est tout un—
Nous sommes frère et sœur», dit-il—
Et ainsi, comme des parents rencontrés la nuit,
Nous parlions d'une chambre à l'autre—
Jusqu'à ce que la mousse atteignît nos lèvres—
Et recouvrît —nos noms—

***

Folles nuits —folles nuits!
Si j'étais avec toi
De folles nuits seraient
Notre luxure!
Futiles —les vents—
Pour un cœur au port—
Plus de boussole—
Plus de carte!
Ramant dans l'Eden—
Oh! lamer!
Si je pouvais amarrer —ce soir—
En toi!

***

Ah, Nécromancie chérie!
Ah, Sorcière érudite!
Enseigne-moi l'art,
Que j'inocule la peine,
Que docteurs en vain apaisent,
Ni qu'aucune herbe de toute la plaine,
Pourrait guérir!

Sororellement,

Rédigé par Cicne&Ròsa

Publié dans #Musique et Poésie

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