Y-a-t'il une érotique féministe?

Publié le 31 Juillet 2016

JW WATERHOUSE
JW WATERHOUSE

Hey toi, je te vois de là avec ton regard glauque et libidineux, non, ce post ne s'adresse pas à toi, ta branlette n’intéresse pas plus que ton avis sur le sujet. Je n'écris pas pour ton plaisir personnel, mais pour le mien.

Je viens de lire un excellent article sur l'arnaque de l'amour patriarcal https://hortensedulac.wordpress.com/2015/01/01/lamour-patriarcal-est-une-arnaque-monumentale/ et si j'adhère presque en tous points sur les différents sujets dont il traite, j'avais envie de revenir sur le chapitre de la jouissance féminine. Parce que, oui, les femmes sont capables de jouir, elles aussi, quand elle veulent. Oui, les femme peuvent dissocier amour et sexe, mais l'extase est tellement plus ravisseuse quand les deux sont intimement mêlés. Alors oui, l'amour patriarcal c'est de l'arnaque, viriliste, androcentré, macho, sexiste et tt ce que vous voudrez, mais quand même, pourquoi cracher sur un plaisir sain (je n'ai pas dit facile), et gratuit?

D'abord, s'aimer soi-même. Hélas, c'est compliqué pour les femmes qui sont mises en perpétuelle compétition tant le mâle a besoin de diviser pour mieux régner, grand prédateur qu'il est dans l'absolu. C'est compliqué aussi car les merdias (dont les têtes pensantes sont essentiellement masculines) véhiculent une image des femmes stéréotypée, pornifiée, et, il faut le dire, presque toujours retouchée. Ensuite, les femmes sont effectivement éduquées à aimer, donner, pardonner, être sages, passives et gentilles, et non à être en paix {entre elles et} avec elles-mêmes. Apprend-on réellement à se découvrir et à nous contenter de ce que nous sommes, dans la conscience de notre perfectibilité? Ah les fameux complexes liés aux dicktats de la beauté (physique), de la minceur, de la fermeté, du glabre, de la longueur des cheveux ou de la taille des seins... Injonctions patriarcales, quand tu nous tiens! Ne plus oser sortir non coiffée/maquillée/apprêtée est par ailleurs bien souvent un dilemme pour certaines, même pour aller chercher le pain. Il faut paraître. Etre présentable. Car oui, dans ce monde ne se nourrissant que des apparences, se focalisant sur la forme et non le fond, seule l'image compte, c'est bien connu! Et le hic c'est ça, c'est que pour jouir, faut un minimum se connaître ... et se laisser aller ; je sais que c'est difficile pour certaines, l'idée n'est pas de les culpabiliser mais au contraire d'encourager à se donner du plaisir, à en prendre là où on nous a toujours appris dans les magasines féminins à en donner ! L'orgasme ne doit pas être une fin en soi, mais enfin, s'il se présente, autant se donner les moyens de l'accueillir, non? Quand je pense que certain-e-s ont même créé un business avec ces pratiques masturbatoires (par un tiers moitié coach-moitié gourous), je me dis qu'il vaut mieux garder son fric, et, finalement, s'accorder la chance d'éprouver du plaisir, sans forcément attendre que ce soit un tiers qui nous le procure, en se caressant ou en se frottant par exemple, car non, ce n'est pas sale et se masturber n'est pas l'apanage des garçons.

Apprendre à se connaître, c'est aussi ne plus accepter de pratiques qui nous déplaisent pour faire plaisir à l'autre, c'est savoir s'écouter et dire non quand on n'a pas envie. Bref libre à nous de refuser la sodomie, de faire une fellation, l'échangisme, le bondage, le sadomasochisme, ou je ne sais quoi d'autre quand on n'en a pas envie! C'est savoir être directives et dire ce qui nous fait envie, aussi. C'est s'accorder -OMGoddesses- d'éprouver des vagues désir intense qui nous submergent, car oui, les femme sont capables, elles aussi, de désirer intensément et de chavirer. L'étymologie du vocable "désir" nous ramène par ailleurs à la contemplation des astres, n'est ce pas là l'idée que l'on pourrait se faire de la sidération dans la quelle nous entraîne l'extase? L’érotisme, au sens noble, ne serait-il pas, d'abord, une question de désir, et d'espérance? Oui, au sens noble, car j'entends par là relatif à Éros, l'amour, amant mystérieux de Psyché, l'âme, dont l'union donnera Volupté après de nombreuses (mes)aventures dont Psyché seule est l'héroïne? Si le besoin rend dépendant, le désir comme moteur ne rendrait-il pas, lui, libre de toute entrave, de tout devoir conjugal, qu'il soit homo ou hétéro? Certaines me diront que les harceleurs, les violeurs, désirent, eux aussi. Il me plait de donner une graduation au désir, en remontant symboliquement, afin de sublimer, du sexe vers la tête, en passant par le coeur, le niveau bassement sexuel s'attardant sur des pulsions bestiales que certains ne maîtriseraient pas. Alors pourquoi n'y aurait-il pas d'érotique féministe s'édifiant sur la confiance, l'égalité, la réciprocité, le partage? Pourquoi renoncer à ces délices alors que nous pourrions simplement apprendre à construire nos relations différemment en nous connaissant nous-mêmes? Peut-on encore se dire féministe radicale en ayant des orgasmes et en aimant la pénétration? En refusant le complexe madone et catin? En aimant les joies que procure l'amour, notamment les joutes érotiques? Je me le demande...

Edit du 03/08, 14h32 après relecture, à l'attention de Flo&Yannick en premier lieu, en soutien et pour le plaisir de la provoc'. S'il est vrai qu'il est impératif de se défaire des normes patriarcales, des diktats qui oppriment les femmes, je tenais à ajouter cependant que si j'assume parfaitement de sortir -parfois- en crocks, pas maquillée et les cheveux dredlockés, ma plus grande frustration actuellement après prise de poids conséquente est de ne pas pouvoir me fringuer comme je le souhaite. J'aime m'épiler, me gommer au sucre et au miel, avoir la peau veloutée d'huiles précieuses, me faire des masques à la rose de Damas, et crève d'envie de bas couture sur un porte ja', avec des talons ... de corsets, de bustiers, de petites robes légères, de soie sauvage, de lacets, c'est te dire Flo si ma "féminité" me pique aussi ;-) Se plaire, avoir une bonne image de soi-même (intérieurement et extérieurement) n'est pas forcément du narcissisme, et avoir envie de séduire son amant et là plus précisément son mari n'est pas non plus signe de soumission hein. L'idéal restant de se faire plaisir sans (se) faire mal! C'est beau l'amour, qu'on se le dise. Moi je trouve plutôt sympa que Yannick te défende publiquement. Et inversement, toujours. Un couple soudé qui sait se protéger des intempéries, ça me fait kiffer! Bises à vs deux!

Alors voilà mon point de vue, certes teinté de romantisme, -on ne se refait pas- sur l'amour, le sexe, le désir, le plaisir. Je terminerai avec un extrait d'une lettre d'Anaïs Nin à un collectionneur d'histoires érotiques : "Cher collectionneur, Nous vous détestons. Le sexe perd tout son pouvoir et toute sa magie lorsqu’il devient explicite, abusif, lorsqu’il devient mécaniquement obsessionnel. C’est parfaitement ennuyeux. Je ne connais personne qui nous ait aussi bien enseigné combien c’est une erreur de ne pas y mêler l’émotion, la faim, le désir, la luxure, des caprices, des lubies, des liens personnels, des relations plus profondes, qui en changent la couleur, le parfum, les rythmes, l’intensité." http://www.deslettres.fr/lettre-danais-nin-collectionneur/

Avec sororité,

Rédigé par Cicne&Ròsa

Publié dans #Sexualité, #Société, #Féminisme

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