Va en paix, Salomé

Publié le 1 Décembre 2016

Discussion ce soir avec une amie qui me demande ce que je pense de Salomé, et justement, cela fait des années que je tourne autour de ce mythe sulfureux sans pour autant ressentir ce personnage féminin comme néfaste. Je pensais plutôt en faire une poésie dans ma série [Droit de réponse] peut-être que cela viendra après. Ce qui me chagrine c'est que d'autres femmes puissent voir dans son comportement une insulte à "dieu" la condamnant à être prédatrice alors qu'il y a de très fortes probabilités que ce mythe ait été misogynisé par les dits pères de l'Eglise comme c'est souvent le cas avec les femmes de la Bible. Alors, si cette petite aventure peut ouvrir une réflexion chez d'autres féministes qui se questionnent elles aussi à ce sujet ..

 

D’abord effectivement on oppose Salomé à Jean le Baptiste qui lui est célébré pour le solstice ... d'été (nuit la plus courte de l'année, ritualisée dans de nombreuses cultures dites païennes) , et ce n'est pas la saison! Rires. En fait, elle est diabolisée autant que lui peut être sacralisé dans son rôle de précurseur du Christ criant dans le désert, baptisant d'eau au delà du Jourdain, à Béthanie (la maison d'Anne?), et je pense même encensé au sein de certaines loges dites des "deux Jean". La peur du pouvoir féminin, la séduction, la danse, la sensualité dans ce mythe précis ne sont-ils pas le caput mortuum de l'ascète -immature?- dévoué à dieu? N'y-a-t'il pas une double initiation dans cette attirance? Pourquoi autant de misogynie? L'ombre de l'archétype de Lilith plane ... et c'est un exemple précis d'imprégnation dans l'inconscient collectif qui oppresse la moitié de l'Humanité, les fameux 52 %.

 

D'où l'enjeu de conscientiser la double quête initiatique à percevoir dans ce mythe ainsi que l'aspect symbolique de la tête qui est demandée par la mère (la Mère?), le crâne (caput mortuum des alchimistes). C'est le  désir sexuel -tout supposé, elle danse- qui en fait, selon l'iconographie patriarcale, donc misogyne, une perfide tentatrice, manipulatrice. Ramenant les hommes à des esclaves de leur libido bien incapables de la maîtriser. Voilons-là! Selon certains dont Oscar Wilde, elle chercherait à séduire Jean Le Baptiste pour le détourner de dieu -ou de son destin-. Exemple d'interprétation à forte domination masculine, n'aurait-elle t'elle pas eu plutôt une mission, une quête spirituelle de même valeur, elle aussi? Et pourquoi non? On le sait, la femme en tant qu'être libre, c'est le mal. L'étymologie de ce prénom nous ramène par ailleurs à שָׁלוֹם Shalom, paix ; je ne pense donc pas qu'il soit réellement question d'une condamnation à mort mais d'une décapitation symbolique, le premier mot qui me soit venu à l'esprit est "capitulation". De plus, subdūcere, séduire, "soulever" donc tirer du bas vers le haut pour certains quand pour d'autres c'est détourner du droit chemin. Question de « charme », d'enchantement donc d'un côté contre une question de manipulation de l'autre. Ici se pose effectivement la question du consentement mutuel à ce jeu là qui est parfois conscient et respecté et parfois pas. La méconnaissance des femmes et de leur rapport à leur éros, ce désir pourtant reconnu comme impérieux chez les hommes ne trouve pas d'écho positif dans sa libre expression en ce qui concerne la psyché féminine -nous pouvons faire une parallèle dans ce rejet avec la sphynge d'Oedipe - qui se doit de recevoir et d'être soumise car ayant un sexe de nature introvertie. C'est oublier que le clitoris est,1 lui aussi, un organe érectile.

 

Salomé par Gustave Moreau

 

Cela fait par ailleurs plusieurs années que je propose le solstice d'hiver sous l'égide d'Angérona la bien nommée, déesse Romaine très ancienne, certainement Étrusque, et pour ceux qui célèbrent aussi le christianisme, je pense que l'on peut parfaitement éclairer la dualité masculine et féminine du Christ en Marie-Madeleine et Jean l’Évangéliste, frère et soeur. En toute égalité.

 

« L'attachement à la matière
engendre une passion contre nature.
Le trouble naît
"Soyez en harmonie..."
Si vous êtes déréglés,
inspirez-vous des représentations
de votre vraie nature.
Que celui qui a des oreilles
pour entendre entende. » Évangile de Marie-Madeleine

 

Alors à ceux qui m'on fait remarquer que ces deux personnages féminins "voulaient être" de même niveau que les deux Jean, je rétorque que non, ce n'est pas une question de vouloir mais d'être, car c'est ontologique. Et je n'attends absolument pas que ce me soit validé par des pontes mâââles ni chez les cathares, ni chez les franc-maçons, les martinistes, les rose-croix ou que sais-je encore qui, ne représentent pour moi aucunement un pouvoir, un ascendant spirituel quelconque au quel je devrais me soumettre.

 

Avec sororité, 

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