Publié le 23 Avril 2014

Une femme est l'amour, Gérard de Nerval.

"Une femme est l’amour, la gloire et l’espérance ;
Aux enfants qu’elle guide, à l’homme consolé,
Elle élève le coeur et calme la souffrance,
Comme un esprit des cieux sur la terre exilé.

Courbé par le travail ou par la destinée,
L’homme à sa voix s’élève et son front s’éclaircit ;
Toujours impatient dans sa course bornée,
Un sourire le dompte et son coeur s’adoucit.

Dans ce siècle de fer la gloire est incertaine :
Bien longtemps à l’attendre il faut se résigner.
Mais qui n’aimerait pas, dans sa grâce sereine,
La beauté qui la donne ou qui la fait gagner ?"

Illustration : portrait de Gérard de Nerval par Félix Nadar.

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Rédigé par Cicne&Ròsa

Publié dans #Musique et Poésie

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Publié le 23 Avril 2014

Louis Aragon, Cantique à Elsa, Ce que dit Elsa.

"Tu me dis que ces vers sont obscurs et peut-être

Qu'ils le sont moins pourtant que je ne l'ai voulu,
Sur le bonheur volé fermons notre fenêtre
De peur que le jour n'y pénètre
Et ne voile à jamais la photo qui t'a plu.

Tu me dis Notre amour s'il inaugure un monde
C'est un monde où l'on aime à parler simplement,
Laisse là Lancelot laisse la Table Ronde
Yseut Viviane Esclarmonde
Qui pour miroir avaient un glaive déformant.

Lis l'amour dans mes yeux et non pas dans les nombres
Ne grise pas ton cœur de leurs philtres anciens,
Les ruines à midi ne sont que des décombres
C'est l'heure où nous avons deux ombres
Pour mieux embarrasser l'art des sciomanciens.

La nuit plus que le jour aurait-elle des charmes?
Honte à ceux qu'un ciel pur ne fait pas soupirer!
Honte à ceux qu'un enfant tout à coup ne désarme,
Honte à ceux qui n'ont pas de larmes
Pour un chant dans la rue une fleur dans les prés.

Tu me dis laisse un peu l'orchestre des tonnerres
Car par le temps qu'il est il est de pauvres gens,
Qui ne pouvant chercher dans les dictionnaires
Aimeraient des mots ordinaires
Qu'ils se puissent tout bas répéter en songeant.

Si tu veux que je t'aime apporte-moi l'eau pure
A laquelle s'en vont leurs désirs s'étancher,
Que ton poème soit le sang de ta coupure
Comme un couvreur sur la toiture
Chante pour les oiseaux qui n'ont où se nicher.

Que ton poème soit l'espoir qui dit A suivre
Au bas du feuilleton sinistre de nos pas,
Que triomphe la voix humaine sur les cuivres
Et donne une raison de vivre
A ceux que tout semblait inviter au trépas.

Que ton poème soit dans les lieux sans amour
Où l'on trime où l'on saigne où l'on crève de froid,
Comme un air murmuré qui rend les pieds moins lourds
Un café noir au point du jour
Un ami rencontré sur le chemin de croix.

Pour qui chanter vraiment en vaudrait-il la peine
Si ce n'est pas pour ceux dont tu rêves souvent,
Et dont le souvenir est comme un bruit de chaînes
La nuit s'éveillant dans tes veines
Et qui parle à ton cœur comme au voilier le vent.

Tu me dis Si tu veux que je t'aime et je t'aime
Il faut que ce portrait que de moi tu peindras,
Ait comme un ver vivant au fond du chrysanthème
Un thème caché dans son thème
Et marie à l'amour le soleil qui viendra."

Illustration, Elsa Triolet, résistante française et femme de lettres, muse et amante de Louis Aragon.

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Rédigé par Cicne&Ròsa

Publié dans #Musique et Poésie

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Publié le 21 Avril 2014

Lilith, Sylva Kapoutikian.

"Tu es cette étincelle au silex arrachée,
Ce riche éclair du jour clapotant des néons,
Depuis toujours légère, insondable, infinie, '
Lilith, Lilith.

Dès le commencement, ô toi, chiffre, écriture,
Surgie de ce désir obscur de l'âme, énigme,
Et plus chère et plus douce encore d'être énigme,
Lilith, Lilith.

Tu es ce poids dans notre cœur, ce jour de fête
Toi ma source, ma joie, ma jalousie, ma fièvre,
Tourbillon d’ailes, toi, ce corps et toi la chute,
Lilith, Lilith.

Partout le pain, la terre et le souci, mais toi,
Cet éclat seul, illusion chaque jour nouvelle,
Charmeuse et tourmenteuse, et qui brûle et se brûle,
Lilith, Lilith.

Là-bas voici la chambre chaude, et toi, - la rue,
Le foyer, toi, cette flamme au bûcher qui danse,
Et ce repos là-bas, sans trouble ni douleur,
Lilith, Lilith.

Eve là.bas, ô toi, hors-la-loi, incertaine,
Stérile, toi, clameur si vive de mon sang,
Hors le terre, hors le ciel, seule éternellement,
Lilith, Lilith."

Traduction : Lionel Ray

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Rédigé par Cicne&Ròsa

Publié dans #Musique et Poésie

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Publié le 20 Avril 2014

Damnare [Droit de réponse de Lilith]

Je suis, aux yeux des Pères, l’infâme, la tentatrice,
L'impure infanticide et la mère de tous les vices,
Celle qui mène l’âme des hommes vers la perdition,
Grande enchanteresse et maîtresse en séduction,
Qui puise ses forces obscures dans les racines du mal,
Mais j’enhardis divinement le féminin et ouvre le bal,
Des introversions éclatantes et r-évolutionnaires,
Je suis celle qui prédit les grands changements sur la terre.

Ainsi les femmes dans le plus grand secret m'évoquent,
Et de l'Une à l'Autre, enlysée, je suis univoque,
Répondant aux éléments telluriques ou éthérés,
Je suis grande prêtresse aux écheveaux de la destinée,
Ennemie originelle de la cruelle et perfide Rome,
Le prodigue est fils du Roi en mon royaume,
Et j'inspire les êtres sur les chemins authentiques,
Guide et psychopompe des individualités hérétiques.

Jamais je n'ai dévoré, par gout du sang, les enfants,
J'éloigne le mensonge des faux oracles et charlatans,
Et je veille sur les métamorphoses intérieures,
Des filles sur le fil de Psyché, divinité supérieure,
Afin qu'elles conduisent leur vie sous le soleil,
Gardiennes du prisme du Temple arc-en-ciel,
Pacifiées mais rebelles à l'ordre établi par le mâle,
J'initie et instigue au contre sort de la kabbale.

Première femme, faite d'argile, tout comme Adam,
Insoumise, je jouis d'une réputation abolissant,
L'égalité des humains face à la création du Monde,
J'octroie courage et force par les entrelacs de mes ondes,
Aux damnées qui déploient leurs ailes et dont coulent les larmes,
Subissant le joug du patriarcat, je bénie leurs armes,
Afin qu'elles conquièrent pas à pas sur le terrain de guerre,
Leur liberté et leurs droits édifiant l'Utopie pierre après pierre.

Je préside à la Justice et révèle la voûte céleste,
De celles qui ne retourneront pas leur veste,
Pour un peu de pouvoir ou de volupté,
Je suis lune, terre, mer et féminin sacré,
Endiablée quand la violence s'en mêle,
Bien plus qu'un mythe, je suis le réel,
De millions de femmes en marche vers la libération,
Combattant l’oppresseur pour leur évolution.

Sororellement,

Illustration, "Lady Lilith" Dante Gabriel Rossetti.

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Publié le 19 Avril 2014

La femme des longues patiences, Andrée Chédid.

"Dans les sèves
Dans sa fièvre Écartant ses voiles
Craquant ses carapaces
Glissant hors de ses peaux

La femme des longues patiences se met lentement au monde

Dans ses volcans
Dans ses vergers
Cherchant cadence et gravitations
Étreignant sa chair la plus tendre
Questionnant ses fibres les plus rabotées

La femme des longues patiences se donne lentement le jour."

Sororellement,

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Rédigé par Cicne&Ròsa

Publié dans #Musique et Poésie, #Figures féminines

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Publié le 18 Avril 2014

Je ne reviendrai jamais, de Meena Keshwar Kamal.

"Je suis la femme qui s’est éveillée

Je me suis levée et me suis changée en tempête balayant les cendres de mes enfants brûlés
Je me suis levée des ruisseaux formés par le sang de mon frère
La colère de mon peuple m’a donné la force
Mes villages ruinés et incendiés m’ont remplie de haine pour l’ennemi,
Je suis la femme qui s’est éveillée,
J’ai trouvé mon chemin et je ne reviendrai jamais.
J’ai ouvert des portes closes par l’ignorance
J’ai dit adieu à tous les bracelets d’or
Oh compatriote, je ne suis plus celle que j’étais
Je suis la femme qui s’est éveillée
J’ai trouvé mon chemin et je ne reviendrai jamais.
J’ai vu des enfants sans foyer, errant pieds nus
J’ai vu des promises aux mains tatouées de henné en habit de deuil
J’ai vu les murs géants des prisons avaler la liberté dans leurs estomacs d’ogres
Je suis ressuscitée parmi des gestes épiques de résistance et de courage
J’ai appris le chant de la liberté dans les derniers soupirs, dans les vagues de sang et dans la victoire
Oh compatriote, Oh frère, ne me considère plus comme faible et incapable
Je suis de toute force avec toi, sur le chemin de la libération de mon pays.
Ma voix s’est mêlée à celle de milliers d’autres femmes qui se sont levées
Mes poings se serrent avec les poings de milliers de compatriotes
Avec toi, j’ai pris le chemin de mon pays,
Pour briser toutes ces souffrances et tous ces fers,
Oh compatriote, Oh frère, je ne suis plus celle que j’étais
Je suis la femme qui s’est éveillée
J’ai trouvé mon chemin et je ne reviendrai jamais."

Sororellement,

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Rédigé par Cicne&Ròsa

Publié dans #Féminisme, #Féminicides, #Musique et Poésie, #Figures féminines

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Publié le 5 Avril 2014

Europe des peuples, diversité, laïcité et égalité : les droits des filles et des femmes régressent.

Inês Cristina Zuber, députée Portugaise, a vu son rapport concernant l'égalité rejeté au parlement Européen le 11 Mars 2014, à cause, disons-le, de quelques abstentions des écologistes, pourtant pro-égalité, divisés sur la question de la prostitution. Ce rapport soulignait l'urgence de prendre en considération les incidences directes de la crise sur la précarité des femmes, et préconisait de lutter fermement contre le sexisme, plus ou moins ordinaire, que subissent les femmes en règles générales. Un autre rapport, d'une autre eurodéputée Portugaise en Décembre de l'an passé avait été rejeté par le parlement : « la santé et les droits reproductifs et génésiques » ; je dénonçais déjà à cette époque une coalition politico-religieuse faisant régresser les droits des filles et des femmes au nom de la domination masculine et de la sacro-sainte phallocratie du patriarcat : les intégristes religieux menant les droites extrêmes agissent pernicieusement dans les sphères privées et publiques, et les mouvements tels que le Printemps Français ne sont que la partie visible de l'iceberg. Que dire de Civitas, par exemple, donnant une conférence publique contre les études genrées (droits des femmes et homosexuels etc) salle de Barcelone à Toulouse mi Janvier de cette année? Dois-je rappeler incessamment que l'élection papale de 2005 consacra un Ratzinger issu de la congrégation pour la doctrine de la foi, à savoir, l'inquisition? Suis-je la seule à m’inquiéter de la montée de ces mouvances extrémistes, misogynes, nazies, racistes, homophobes qui ne comptent plus les morts qu'elles ont sur la conscience, au nom de dieu, de la pensée unique, de l'asservissement des peuples, de la manipulation des masses? Car voyez-vous, j'ai même été amenée à échanger deux mots avec un Breton païen de gauche fier d'être du Printemps Français car contre le mariage homo. Ils sont tombés sur la tête ou quoi, ces gens de gauche, ces laïcs, ces païens, ces autres chrétiens qui ne sont pas catholiques et qui suivent ce dangereux mouvement libeRticitde, féminicide et fratricide?

Deux sujets divisent, souvent, les féministes : la prostitution et le port du voile. Moi, assez radicale, je suis clairement contre l'un et l'autre : ce n'est pas parce qu'une poignée de femmes disent se prostituer pour le plaisir qu'il faut fermer les yeux sur toutes celles qui sont esclaves de l'amicale proxène, et, surtout, sur toutes ces jeunes filles, étudiantes ou non, qui trouvent très in, et surtout très facile de vendre leur corps. J'écrivais il y a quelques mois que la prostitution et la pornographie étaient les piliers du patriarcat, et que c'étaient eux qu'il fallait viser en premier lieu. Prostituée du latin prostituere, exposer au public et pornographie du grec πόρνη signifiant « prostituée » et γράφω, c'est à dire, décrivant une prostituée. Je ne vais pas me faire des copines chez les dites pro-sexe, et oui, moi je suis plutôt pro-Amor, à la Languedocienne, et tous les délices qui en découlent, même celui du manque ... Etre féministe et défendre, au nom de la liberté, le port du voile, c'est une aberration : elles se couvrent la tête, car, impures tentatrices, elles doivent se soumettre à la loi du dieu des hommes face aux mâles dominants. Alors bon, je préfère encore affirmer ma position de féministe radicale que de me soumettre à la pression ambiante qui fait de toi une islamophobe quand tu remet en question cette religion monothéiste où le seul dieu, finalement, c'est le mâle, qui se prend pour un démiurge. Cependant, je ne reste pas insensible aux agressions des femmes voilées, et je ne les rejette ni ne les prends de haut (j'en vois beaucoup à l'école), mais il y a celles qui sont forcées de se soumettre à cette pratique islamique et qui la subissent avec plus ou moins de conscience, celles qui luttent contre l’oppresseur et pour la liberté dans les pays de l'islam et celles qui provoquent clairement les racistes en portant fièrement ce signe religieux et distinctif ...

Pour finir, les langues minoritaires sont le cadet des soucis des politiques alors même qu'elles sont vectrices des traditions et de la diversité des territoires qui font l'âme de notre pays, et quitte à passer encore une fois pour une islamophobe, j'aimerais savoir pourquoi l'arabe est proposé à l'apprentissage dans certaines écoles primaires, comme en Ariège par exemple, avec la possibilité de choisir l'ambassade de Tunisie, du Maroc ou d'Algérie, alors que le Languedocien n'est pas proposé? Qu'ont donc nos langues Occitanes d’impropre à l'identité Nationale? Hum, j'ai un chat dans la gorge ...

Et dire qu'il est encore nécessaire de rappeler qu'a l'issue des élections municipales 2014, seulement 13% de femmes sont maire, sur les territoires Français ...

Sororellement,

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Rédigé par Cicne&Ròsa

Publié dans #Féminisme, #Société, #Féminicides, #Laïcité, #Manipulation

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Publié le 4 Avril 2014

Renée Vivien (Sappho 1900) Fleur de Séléné.

Elles ont des cheveux pâles comme la lune,
Et leurs yeux sans amour s’ouvrent pâles et bleus,
Leurs yeux que la couleur de l’aurore importune.
Elles ont des regards pâles comme la lune,
Qui semblent refléter les astres nébuleux.
Leurs paupières d’argent, qu’un baiser importune,
Recèlent des rayons langoureusement bleus.

Elles viennent charmer leur âme solitaire,
Dans le recueillement des sombres chastetés,
De l’haleine des cieux, des souffles de la terre.
Nul parfum n’a troublé leur âme solitaire.
L’ivoire des hivers, la pourpre des étés
Ne les effleurent point des reflets de la terre :
Elles gardent l’amour des sombres chastetés.

Leur robe a la lourdeur du linceul qu’on déploie,
Blanche sous le regard nocturne des hiboux,
Et leur sourire éteint la caresse et la joie.
Leur robe a la lourdeur du linceul qu’on déploie.
Elles penchent leur front et leurs gestes très doux
Sur les agonisants du songe et de la joie
Qui râlent sous les yeux nocturnes des hiboux.

Elles aiment la mort et la blancheur des larmes…
Ces vierges d’azur sont les fleurs de Séléné.
Possédant le secret des philtres et des charmes,
Elles aiment la mort et la lenteur des larmes,
Et la fleur vénéneuse au calice fané.
Elles viennent cueillir les philtres et les charmes,
Et leurs yeux pâles sont les fleurs de Séléné."

Sororellement,

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Rédigé par Cicne&Ròsa

Publié dans #Féminisme, #Musique et Poésie, #Figures féminines

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