Publié le 29 Mars 2015

Cueille le jour avant qu'il ne décroisse...

[Dum loquimur,
aetas inuida fugerit;
Carpe diem,
credula quam minimum
postero.]

"Tandis que nous parlons,
le temps jaloux aura fui.
Cueille le jour présent,
croyant le moins possible
à celui du lendemain." Horace, Livre I, Ode XI à Leuconoé.

Cueillir le jour présent, en jouir, quel programme, quand tout nous pousse vers des journées surchargées ainsi qu'un tempo pour le moins rapide ... Non pas que nos psychés fuient le vide, l'absence ou le manque -quoi que-, mais il faut admettre qu'elles sont rythmées par des contraintes qui nous font parfois oublier que tout est éphémère, même notre existence et que nous nous devons malgré tout de profiter en toute conscience des bons moments que la vie nous offre. Tiens, qui n'a d'ailleurs pas perdu le gout de s'extasier devant un arc-en-ciel au moment d'une embellie, suite à un furieux orage? Que ce dernier le dise, et que nous rimions, ou bien qu'il se taise à jamais ... Mais il est vrai qu'entre les affaires domestiques, corvéables à merci, nos vies professionnelles trépidantes voir usantes, les transports nous conduisant parfois à un retard culpabilisant, les infos peu réjouissantes, les enfants qui grandissent nous laissant comme un gout amer d'insouciance perdue, l'esprit ne se libère plus que difficilement, nous laissant démunis, ou pire, indifférents face à ce qui nous extasiait encore il y a 10, 20 ou 30 ans. Les budgets ou le temps limités pour partager, offrir, s'offrir, on se projette sur du court et du moyen terme, nous épuisant mentalement d'avoir tant de choses à penser, à faire : alors on oublie de regarder, de s'imprégner du moment présent, d'en profiter, de le déguster telle une belle cerise noire sur un dôme de chantilly, ou une missive tant attendue à ouvrir. C'est vrai, les nouveaux outils de communication nous intiment à être dans la satisfaction immédiate et absolue, la mode étant à la consommation de produits à l'obsolescence programmée, internet facilitant les transactions et pour le coup notre insatiable besoin de nous faire plaisir, du moins, d'une façon matérielle. Alors, le profit de la vie est-il aussi superficiel, serions nous rendus à devenir des pires matérialistes égocentrés qui soit? Avoir et briller plutôt qu'être et ressentir ... là est la question que soulève ce siècle!

Certain(e)s auraient à gagner à se laisser vivre un peu plus, à apprécier l'odeur d'un vieux livre ou celle des pins, la couleur et la jambe d'un bon vin, l'estey se dessinant sur le sable humide, le rayon de soleil irradiant la vieille pierre, et à retrouver un peu de spontanéité, par tous temps. Plaisirs furtifs, certes mesurés, mais le poète Horace ne nous invite pas ici aux plaisirs compulsifs mais plutôt à être pleinement, ouverts à la vie, maîtrisant ses appétits et pulsions mondains dans une forme d'ascétisme épicurien (du Grec ἄσκησις, askêsis, exercice) n'ayant rien à envier à la discipline des sportifs de haut niveau, mais sans vraiment devenir l'un de ces ascètes religieux dont les patriarcats ont dévoyé le terme. Le plaisir oui, à condition qu'il soit agréable, et ne vienne entraver en rien notre bonne santé mentale ou physique. Vivre heureux, malgré les pressions, se faire justice soi-même en se remettant au centre de ses propres préoccupations, sans faire de l'orgueil et du narcissisme notre leitmotiv, est-ce possible? Ah, ce bonheur si incertain ne serait-il pas, finalement, des plus accessibles?

Allez, cette année, même s'il n'est plus temps des bonnes résolutions, je m'y remets !

Sororellement,

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Rédigé par Cicne&Ròsa

Publié dans #Société

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Publié le 15 Mars 2015

Bûcher de Montségur, Jacques Fauché
Bûcher de Montségur, Jacques Fauché

Demain, c'est le 16 Mars, date anniversaire du bûcher de Montségur, une façon de commémorer cette date, moi qui ne suis un peu loin pour partager, désormais, les réjouissances ......

"De faire un sirventès - sur cette mélodie qui me

convient.
Je ne veux plus tarder - ni longtemps hésiter ;
Et je sais cependant, sans en douter - qu'il attirera sur
moi la malveillance,
Car je fais ce sirventès
Sur les fourbes, les malappris
De Rome, qui est - à la tête de la décadence,
Où tout bien déchoit

Je ne m'étonne plus, -
Rome, si le monde se trompe,
Car vous avez mis le siècle - en tourment et en guerre,
Et prouesse et merci - meurent par vous et sont ensevelis,
Rome trompeuse,
Guide, cime et racine
De tous maux. - si bien que le noble roi d'Angleterre
Fut par vous trahi.

Rome tricheuse, - la cupidité vous égare :
A vos brebis - vous tondez trop la laine.
Que le Saint-Esprit - qui revêtit un corps humain
Entende mes prières
Et brise tes crocs.
Rome, point de trêve avec moi, - car tu es fausse et
perfide
Envers nous et envers les Grecs.

Rome, aux faibles d'esprit - vous rongez la chair et les
os,
Et vous guidez les aveugles - avec vous vers la fosse ;
Vous outrepassez les commandements - de Dieu, si
grande
Est votre cupidité.
Car vous faites, contre denier.
Remise des péchés. - Rome, vous vous chargez
D'un lourd fardeau de mal.

Rome, sachez bien - que votre lâche marchandage
Et votre folie - ont fait perdre Damiette.
Vous régnez à la male heure, - Rome. Que Dieu vous
abatte
Et vous fasse déchoir !
Car vous régnez trop hypocritement
Pour l'argent, - Rome, de race vile, menteuse

À ses engagements.


Rome, je sais en vérité ; - sans aucun doute, que sous
couleur
De faux pardon -, vous avez livré
Au martyre - les barons de France,
Loin, du paradis,
Et que vous avez assassiné,
Rome, le bon roi Louis - en l'attirant loin de Paris
Par vos prédications trompeuses.

Rome, aux Sarrasins - vous faites peu de dommage,
Mais les Grecs et les Latins - vous les envoyez au
carnage.
Dans le l'eu de l'enfer, Rome, - vous avez élu demeure,
Dans la perdition.
Que jamais Dieu ne me fasse
Participer, Rome, au pardon - ni au pèlerinage
Que vous fîtes en Avignon.

Rome, sans motif- vous avez tué maintes gens.
Et il ne me plaît guère - de vous voir suivre une voie
tortueuse.
Car au salut, - Rome, c'est vous qui fermez la porte.
Aussi suit-il un mauvais guide,

Été comme hiver,
Celui qui marche sur vos traces - car le diable l'emporte
Dans le feu d'enfer.

Rome, il est facile - de voir le mal qu'on doit dire de

vous.
Car, par dérision - vous faites des chrétiens des martyrs;
Mais en quel livre - trouvez-vous que l'on doive,
Rome, tuer les chrétiens ?
Que Dieu qui est le pain véritable et quotidien
M'accorde - de voir advenir des Romains
Ce que je désire.



Rome, il est bien vrai - que vous fûtes trop empressée
Aux pèlerinages hypocrites - que vous avez proclamés
contre Toulouse ;
Vous avez trop rogné de mains - à la façon d'une
enragée,
Rome semeuse de discorde.
Mais si le valeureux comte
Vit encore deux ans - la France portera
Le châtiment de vos perfidies.

Rome, si grande - est votre forfaiture
Que vous plongez dans l'oubli - Dieu et ses saints ;
Et vous régnez si mal - Rome fausse et perfide.
Qu'en vous se cache,
Se réduit et se détruit
La joie de ce monde. — Et vous faites grande démesure
A l'égard du comte Raimon.

Rome, Dieu lui vienne en aide - et lui donne le pouvoir
et la force,
Au comte qui tond - les Français et les écorche.
Et en « fait planche et pont » - quand il est aux prises
avec eux ;
Et j'en ai grande joie.
Rome, que Dieu se souvienne
De vos grands torts - et s'il lui plaît, qu'il arrache le comte

À vous et à la mort.

Rome, je reprends bien confiance, - car avant peu
Vous finirez mal -, si l'empereur loyal
Règle habilement son destin - et fait ce qu'il doit faire.
Rome, je vous le dis en vérité,
Votre puissance, nous la verrons
Déchoir -. Rome, que le vrai Sauveur me permette
De voir bientôt cela !

Rome, pour de l'argent - vous faites mainte vilenie,
Mainte chose déplaisante - et mainte félonie.
Vous voulez tellement - régir le monde que vous ne
redoutez rien,
Ni Dieu ni ses défenses ;
Au contraire, je le vois,
Vous faites plus de mal - que je ne saurais dire,
Au moins dix fois plus.

Rome, vous serrez tellement - votre griffe
Que ce dont vous pouvez - vous emparer, vous échappe
difficilement.
Si vous ne perdez bientôt - la puissance, le monde est
tombé
Dans un mauvais piège,
Il est mort, vaincu.
Et le mérite est détruit : - Rome, voilà les miracles
Que fait votre pape.

Rome, que Celui qui est la lumière - du monde et la
vraie vie
Et le vrai salut, - vous donne une mauvaise destinée,
Car vous commettez tant de méfaits, au su de tous, -
que le monde crie.
Rome déloyale,
Racine de tous maux.
Dans les feux de l'enfer - vous ne manquerez point de
brûler,
Si vous ne changez pas vos pensées.

Rome, en la personne de vos cardinaux, - on a de quoi
vous reprendre.
Pour les mortels - péchés dont ils font parler.
Car ils ne pensent qu'aux moyens- de revendre
Dieu et ses amis.
Et la réprimande pour eux reste vaine.
Rome, il est fort écœurant - d'écouter et d'entendre
Vos sermons.

Rome, je suis irrité - de voir grandir votre pouvoir.
Et de voir grande peine - nous accabler tous à cause de

vous.
Car vous êtes l'abri et la source - de la tromperie, de la

honte
Et du déshonneur.
Vos pasteurs
Sont hypocrites et fourbes, - Rome, et qui les fréquente
Fait bien grande folie.

Rome, il agit mal - le pape, quand il dispute
Avec l'Empereur - le droit à la couronne.
Quand il lui crée des difficultés - et pardonne à ses
ennemis,
Car un tel pardon.
Qui n'est pas amené par de justes raisons,
Rome, n'est point convenable; - qui, au contraire,
cherche à en justifier l'auteur,
Demeure honteux.

Rome, que le Dieu de gloire - qui souffrit douleur
cruelle pour nous
Sur la croix, - vous donne une mauvaise fortune.
Car vous voulez toujours - porter la bourse pleine,
Rome aux viles coutumes,
Dont tout le cœur
Est tourné vers l'argent : - Aussi la convoitise
Vous conduit aux flammes éternelles.

Rome, de la rancœur - que vous portez en la gorge.
Naît le suc dont meurt - le monde, et dont il s'étouffe
Avec (trompeuse) douceur au cœur ; - voilà pourquoi le
sage tremble
Quand il reconnaît et voit
Le venin mortel

(Et sa provenance là-bas -: Rome, il vous coule du
cœur !)
Dont les poitrines sont pleines.

Rome, on a bien toujours - entendu dire
Que ce qui vous tient la tête diminuée (de sens) - c'est
que vous la faites souvent raser ;
Je pense donc et je crois - que vous auriez besoin,
Rome, qu'on vous ôtât la cervelle,
Car vous portez un vilain chapeau,
Vous et Cîteaux - qui fîtes faire à
Béziers
Très affreuse boucherie.

Rome, avec un appât trompeur - vous tendez votre filet
Et vous mangez maint morceau mal acquis - quel que
soit celui qui s'en passe.
Car vous portez en vous - avec une mine innocente
d'agneau,
Des loups rapaces.
Des serpents « couronnés »
Nés d'une vipère - et c'est pourquoi le diable prend
soin de vous.
Comme de ses intimes."

Sororellement,

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Publié le 7 Mars 2015

Tomber amoureuse

Tomber amoureuse, c'est perdre le nord,
Se mettre en condition de l'effort,
Parfois écouter Némésis et consort,
Etre la confidente, l'alliée, le réconfort,
Flirter joyeusement entre la vie et la mort,
Naviguer en eaux troubles et espérer un port,
S'enrêver dans les vapeurs de l'athanor.

Tomber amoureuse, c'est écouter ses daïmons,
Mettre sa psyché au diapason,
Devenir maîtresse en ascension,
Emprunter l'escalier en colimaçon,
Se battre contre soi-même, sous l'horizon,
Voir trahir les siens pour quelques émotions.

Tomber amoureuse c'est entendre les voix du monde,
Danser sur de mystérieuses ondes,
Dans la forêt aller cueillir l'osmonde,
Renaître d'imagination féconde,
Et montrer du doigt la lune ronde.

Tomber amoureuse c'est croire au destin,
Ne plus divaguer seule au lit le matin,
Se damner pour un regard ou un câlin,
Se croire éternelle comme un séraphin.

Tomber amoureuse, c'est se faire moins ou plus,
Découvrir patiemment d'autres coutumes et us,
Jouer avec grâce et suspens du stradivarius.

Tomber amoureuse c'est se rendre, les bras en l'air,
Et se laisser prendre pour caresser de nouveaux éthers.

Tomber amoureuse c'est jouter en extasie.

Sororellement,

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Rédigé par Cicne&Ròsa

Publié dans #Musique et Poésie, #Trobairitz&Trobadors

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Publié le 2 Mars 2015

La miserable astrada.

Je suis la ténébreuse, -la veuve,- l'inconsolée,
La comtesse de Burlats aux créneaux dentelés,
Ma seule étoile scintille encor et mon luth constellé,
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit complice, toi qui m'a consolée,
Rends-moi la Toscane et la vieille étoile d'Étrurie,
Le Trobar qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la tombe où le jasmin à la violette s'allie.

Suis-je Psyché ou Esméralda..., Constance ou Libuše?
Mes reins sont rouges encore de l'étreinte du Roi,
J'ai rêvé dans la grotte où se dresse une acantha.

Et j'ai deux fois, au combat, entendu la mélopée des muses,
Soufflant tour à tour sur la flamme de πρόνοια,
Les soupirs de la daïmone et le cri de la damnée.

Sororellement,

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Rédigé par Cicne&Ròsa

Publié dans #Musique et Poésie, #Symbolisme, #Trobairitz&Trobadors

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Publié le 1 Mars 2015

"Ange ou démon" par Isabelle Ballie
"Ange ou démon" par Isabelle Ballie

De l'enfant timide et introvertie,

À l'écart du monde endormi,

À la femme qu'aujourd'hui je suis,

J'en ai bravé des dangers,

Guettant toujours l’inavoué,

Le silencieux, l'indicible secret,

De ma psyché métamorphosée ;

Le rêve toujours prend la pause,

Dans mes pensées et mes proses,

Me laissant tremblante sans ma dose,

Satisfaisant mon gout pour l'aventure,

Et pansant la moindre blessure,

Faignant des airs de désinvolture.

Cent fois j'ai rêvé de l'amour,

Jamais lésée au lever du jour,

Retrouvant l'âmant, le troubadour,

Épris de tendres passions idéalistes,

À la profession de foi humaniste,

Rompu aux expériences des alchimistes...

Je l'ai rêvé dès l'adolescence,

À chaque trahison ou inconscience,

J'ai tenu le fil et la distance,

Dans le fol espoir de vivre cette hérésie,

Ce désir pressant d'accalmie,

Une nuit, foudroyée par l'agnosie.

Maintenant que je me suis trouvée,

Livrée jusqu'aux sangs de la maternité,

Féministe accomplie et éhontée,

Il te faudra remonter l'estey sinueux,

Me retrouver sous les cieux,

Pour déguster l'alcool capiteux.

Car j'ai encore beaucoup à faire,

Pour extatiquement satisfaire,

Les sens ennoblis de l'archère ;

Goûter aux jeux à saveur inconnue,

Bas couture sur ma peau nue,

Complicité et confiance absolues,

Loin des fourberies avilissantes,

Loin des paroles blessantes,

Loin des manigances anéantissantes ;

Plus près du choeur de Déméter,

De l'echo de ma voix et de mon éther,

Comme un complot entre ciel et mer.

Sororellement,

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Rédigé par Cicne&Ròsa

Publié dans #Musique et Poésie, #Trobairitz&Trobadors

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