Endura chez les cathares : suicide, renoncement ou catharsis?

Publié le 13 Septembre 2013

Endura chez les cathares : suicide, renoncement ou catharsis?

Endura est vocable occitan que nous pouvons traduire par "privation", "endurance" ou "persévérance". Dans les faits, c'est un jeûne rituel qui s'offrait aux consolés (adultes baptisés par imposition des mains, les dits "parfaits") ayant pour but d'entrer dans des états de conscience modifiés comme, par exemple, la méditation, permettant de se détacher de la matière au profit du monde spirituel.

La version des inquisiteurs, qui fut plus tard reprise par des historiens majoritairement catholiques, vise à décridibiliser le catharisme : à toute "bonne" fin, il s'agirait, pour eux, d'un suicide impulsé par la très sainte horreur du monde qu'auraient eu les bonnes femmes et les bons hommes. Mais il n'en est rien : les cathares ne haïssaient point le monde, mais ne supportaient pas et condamnaient la violence du monde, et tout ce qu'elle recouvre. C'est ainsi qu'il faut entendre que seul le diable peut être maître du monde : souffrance et violence, largement répandues, ne pouvant émaner de "dieu", du Bien.

Les consolés (même les mourants qui demandaient une "bonne fin"), qui entraient en "dieu" renonçaient aux attachements matériels (même aux affects), aux passions et désirs de ce monde, donc au paraître, aux conflits et au sexe, jeûnaient régulièrement au pain et à l'eau et ne mangeaient plus de nourriture carnée, par bienveillance envers les animaux. Revêtus, Ils s'engageaient donc, en toute connaissance de cause, à être des femmes et des hommes de "l'entendement du Bien". Il est essentiel de souligner que les simples croyants continuaient, quant à eux, à vivre normalement et que celles et ceux qui demandaient le consolamentum (baptême) le faisaient souvent dans le fleur de l'âge, après une vie mondaine bien remplie, avec le consentement de leur conjoint.

La catharsis est une purification des passions (du latin pâtir donc souffrir), l'un des effets de la tragédie nous apprend Aristote, bénéfique et libérateur sur celle ou celui qui ouvre sa conscience à la portée de ses émotions ou de celles des autres, en les observant objectivement, avec le filtre de la raison et non celui de la passion. Elle permet un meilleur discernement. Elle trouve toute sa place dans le cheminement intérieur des dits cathares.

L'endura n'était donc pas un suicide car les cathares aimaient la vie bien plus que les données inquisitoriales catholiques, corrompues par leur soucis de domination et leur appropriation habituelle du christianisme, ne le racontent.

Amistats et Sororellement,

Illustration : Jeu d'ombres et lumières sur une meurtrière dans Cité de Carcassonne.

Rédigé par Cicne&Ròsa

Publié dans #Catharisme, #Religion, #Manipulation

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Guilhem 13/09/2013 15:10

Très bon article. J'ajouterai deux petites choses. L'endura était également destinée à garantir que l'état des personnes impliquées dans le Consolament ne viendrait pas remettre en cause ce sacrement. Car chez les cathares un sacrement n'est valable qu'à condition que l'officiant, et pas seulement le récipiendaire, soit sans faute au moment où il le délivre.
Ce jeûne se faisait donc trois jours avant le Consolament et trois jours ensuite pour le récipiendaire. C'est lorsque certains croyants mourants demandaient à le recevoir in extremis que l'on a observé des décès liés à l'état de faiblesse et non à une volonté suicidaire.
Dernier point, l'ascèse cathare est sans rapport avec l'ascèse catholique des moines. Chez les cathares il n'y a pas de rejet de ceci ou de cela car la préparation du croyant et du novice a pour but de créer un état d'ataraxie qui place le novice en situation de ne plus ressentir les sollicitations du monde. Il n'a donc pas besoin de se priver et ce qui lui serait néfaste lui fait déjà horreur. Il n'y a donc pas de lutte interne pour s'en détacher.