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Publié le 3 Décembre 2014

Berthe-Corinne Le Barillier (Jean Bertheroy) , "Sémiramis".

Ce n'était pas assez d'étendre son empire
Des rives de l'Euphrate au fleuve Etymander ;
Ce n'était pas assez de conquérir la mer
Et de fertiliser le pays de la myrrhe.

Il lui fallait encore des palais de porphyre,
Des jardins suspendus sous les feux du soleil,
De gigantesques tours dont le dôme vermeil
Captive les rayons de l'astre qui s'y mire.

Il lui fallait des lacs au bord des quels le soir,
Charmeresse lascive elle venait s'asseoir,
Quand sa voix se mêlait à celle du zéphyre ;
Alors elle rêvait qu'accélérant leurs pas
Les plus beaux fils d'Asie accouraient dans ses bras
Avec des élans de satyre.

***

Car elle était la femme aux désirs invaincus.
Dercéto qui l'avait, au souffle de Bélus,
Engendrée en la nuit profonde
Avait mis dans son âme et jeté dans son sang
Le germe du génie indomptable et puissant
Qui devait étonner le monde.

A son pouvoir sans nom rien n'avait résisté :
Elle avait tout sondé, tout refait, tout tenté,
Créé des forts et des royaumes ;
Elle avait dominé les peuples insoumis,
Et devant sa grandeur ses plus fiers ennemis
S'effaçaient comme des fantômes.

Et quand elle attirait sur son coeur triomphant
Le Chaldéen nubile ou le Médique enfant
Le prince ou le soldat farouche,
Nul de de ceux qu'elle avait admis à son baiser
-Philtre que versait l'âme au corps sans l'apaiser-
Ne sortait vivant de sa couche.

***

Pour immortaliser leur rêve souverain
D'autres s'étaient taillés dans le marbre ou l'airain
Une impérissable statue ;
Mais elle, qui changeait toute chose à son gré,
Dédaignait de sentir d'un contour mesuré
Sa gloire immense revêtue ;

Et s'attaquant au sol d'un gigantesque mont,
Elle ordonna qu'il prit la forme de son front,
Le galbe de son corps splendide ;
Et le mont ébauché projeta sous le ciel,
En face des splendeurs étranges de Babel,
L'ombre de la reine Abbasside !...

***

Maintenant des chacals sont errant en ces lieux
Et plus rien ne survie aux jours de Babylone :
Une arcade brisée, une antique colonne
Rappellent tristement le lointain glorieux.

Des herbes ont poussé sur le terrain crayeux
Où jadis s'élevaient les temples de délices ;
Et, louches instruments des suprêmes justices,
S'y promènent en paix des scorpions hideux.

Sémiramis est morte et mort Sardanapale ...
A peine voyons-nous encor leur face pâle
Dans la nuit du passé se dresser à nos yeux ;

Car rien n'est éternel ni l'orgueil ni la gloire,
Et les voyant si grands, la décevante Histoire
Doute des Héros et des Dieux !

Sororellement,

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Publié le 1 Septembre 2014

Vengeance céleste [Droit de réponse de Boadicée]

Vengeance céleste [Droit de réponse de Boadicée]

Ah, perfide Rome, tu soumets et colonises,
Tandis que notre force vive s'amenuise,
L'arme au poing tu convoites, voles, pilles,
Et tes hommes font violence à nos filles,
Tant et si bien que la révolte, sourde, gronde,
Avec les druides nous entrelaçons les ondes,
Et mettons en place la saine résistance,
Remplaçant la soumission et la loi du silence.

Mais mon époux, affaibli, rendra vite l'âme,
Reine et guerrière je suis néanmoins femme,
Et ma rage éclate alors que sont violées mes deux filles,
Par ces maudits soldats Romains, de bonne famille,
Considérant mon peuple Icéni, de fiers Celtes,
Comme de vils barbares arrogants à soumettre ;
Fouettée jusqu'aux sangs j'ai juré au ciel que je nous vengerai,
Et que je prendrai les rennes pour une Bretagne libérée.

Mais regardez-vous, vous avez peur d'une simple femme,
Certes furibonde, au fond des yeux l'ardente flamme,
Chevauchant telle une déesse la lance à la main,
Déterminée à écraser l'ennemi, à épouser le destin,
Des Anciennes l'ayant inspirée, Brigit, Rihannon ou Dana,
Celles qui défendent et protègent le peuple depuis l'au-delà,
Regardez ma longue chevelure fauve voler au quatre vents,
Vous avez provoqué mes pleurs, entendez mes hurlements!

Allons, allons Bretons, éprouver la bravoure du gouverneur,
Ils nous ont tant humiliés qu'ils ont révélé notre fureur,
Brûlons, rasons leurs temples et leurs habitations,
Ils nous ont dépossédés de nos terres, et de notre raison,
Le mal combattra le mal, nous sommes de valeureux guerriers,
Si les dieux sont avec nous rapidement nous en serons libérés,
L'oppresseur reculera et son joug fondra comme neige au soleil,
Montrons-leur les mille éclats de nos âmes rebelles.

Nous avons perdu, c'est ce que l'histoire raconte ;
Mais qui se souvient encore de cette Reine sans honte,
Qui souleva son peuple sur ses propres terres,
Pour défendre la dignité des siens ainsi que leurs mères?
Ne pas céder et plutôt se résigner à la mort,

Je choisirai le poison plutôt que de voir leur essor.

Vraiment fragiles et douces, êtres faibles à protéger,
Alors que nous traversons le temps sans un regret...

Sororellement,

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Publié le 22 Août 2014

Le pêcher de vigne ou L'Art de la séduction

Réflexions nocturnes suite à une discussion. Espérant ne pas heurter la sensibilité de l'initiatrice de cette réflexion.

La pêche de vigne ou L'Art de la séduction, ce fruit défendu par le patriarcat judéo-chrétien.

Non, je ne vais pas faire ici l'apologie de cette mode ambiante qui se résume à chercher à séduire dès que l'on croise un ressortissant de l'autre sexe, histoire de combler un besoin de reconnaissance ou de considération généralement installé dans la petite enfance : flagrant délit d'immaturité psycho-affective... Je ne ferai pas non plus l'apologie des diktats édifiant les stéréotypes genrés, tellement avilissants pour les femmes, ni des fameuses techniques dites de séduction, vendues à prix d'or, qui n'ont pour simple but que la manipulation et causent beaucoup de souffrance.

Ce soir, on m'a dit que l'on ne pouvait pas séduire et aimer, que les deux étaient antinomiques. Complexe madone et catin, est-ce ci que tu te caches? Moi, en Amor, je suis une grande idéaliste, et la folie qui m'anime m'amène sur un sentier escarpé diamétralement opposé. Je m'explique.

Certes attendre d'un homme qu'il fasse votre bonheur est à élever au rang de la soumission suprême, ce serait confondre un besoin rendant dépendant et un sentiment ressenti par un individu libre de toute entrave plus ou moins inconsciente. Quoi que, l'est-on réellement un jour? Le fait est que j'ai bon espoir d'avoir un jour une vie de couple très épanouissante, ayant fait un break de quatre ans afin de conscientiser et de chasser en moi ce qui fait souffrir. L'amour m'a toujours inspirée, faite rêver, et si j'ai eu mon lot d'histoires ou d'aventures, amants d'un soir, de quelques semaines, de quelques mois ou de quelques années, on peut dire que je n'ai jamais été réellement la même, mais n'ai jamais été réellement épanouie non plus. Sentimentale, douce, gentille et attentionnée, il en fallait peu pour que l'on me cantonne à ce rôle maternant par excellence qui entérinait, sans même que je n'en prenne conscience, le début de la fin : mon tempérament méditerranéen reprenait vite le dessus et ne supportait guère la tiédeur et l'à peu près. Car non, je n'étais pas que ça. Un problème a pourtant longtemps persisté : mon poids ; porte-jarretelle, bas, petite robe noire fendue sur la cuisse, talons hauts pas pour moi ... vous conviendrez que les bourrelets sont gommés sur les gravures de mode et que la femme ronde devient bien vite -aux yeux du plus grand nombre- ridicule s'il lui prend l'envie de revêtir une tenue communément acceptée comme sexy, mais qui peut être aussi sobrement élégante, simplement féminine voir chic selon les sphères dans les quelles vous évoluez. Alors donc nous voilà au coeur du problème : non seulement demain, j'ambitionne d'être éperdument amoureuse et d'être aimée en retour -ah ces poètes, que feraient-ils sans amour, ou ne feraient-ils pas par amour- mais en plus, j'ai envie d'exploiter mon potentiel de séduction et d’envoûter littéralement mon homme/partenaire/compagnon par la simple force de ma psyché et de mon éros, dans le but de joutes amicales et intimes, aussi profondes que pourront l'être nos sentiments respectifs et réciproques. N'est-ce pas là, le Trobar inspiré? Sublimation du désir n'était point, je le rappelle, en Languedoc réservé aux seuls hommes ... Est-il vraiment antinomique de vouloir faire fondre l'être aimé par l'étendue de ses qualités humaines, de sa capacité à donner et à partager certes mais en le subjuguant, aussi, pour des raisons qui font de Lilith, pour les Pères abrahamiques, une démone, vile et obscure tentatrice? Pourquoi le désir ne mènerait-il pas vers l'illumination, la transe, la musique des sphères éthérées en somme, mais le silice et la souffrance, si? Les femmes ne seraient-elles pas toutes, un peu, des magiciennes à l'image de Circé, brûlant d'un feu sacré? A la fois mères, amantes, soeurs et épouses, croissant -et décroissant tiens, c'est cyclique- selon les axes de développement de la maturité psycho-affective, sexuelle, intellectuelle et spirituelle ? Pourquoi devrais-je choisir entre la madone et la catin, qui m'oppriment, puisque c'est un mal misogyne, androcentré et phallocrate?

I fell good ☼

Sorellement,

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Publié le 11 Août 2014

Déclamation [Droit de réponse de Psyché-Ψυχή]

Fille d'un Roi, et pourtant louée pour ma grâce,
Je ne trouve guère d'époux et les heures passent,
Sans que je trouve bonheur, au grand désarroi de mon père,
Méprisée par mes deux soeurs, je suis une solitaire.
Aphrodite, de ma grande beauté envieuse,
Fera de moi sa rivale au miroir, aventureuse,
Et m’enverra son fils afin de me punir,
Jubilant de me faire grande peine et de me voir souffrir.

Mais la flèche décoche et cet Eros pourtant si crédible,
De moi s'éprend et l'amour changera de cible,
Une passion aveugle irradie alors le dieu,
En fin stratège il s'adonne au jeu amoureux ;
Sa mère vengeresse complote et me met à l'épreuve,
Pensant que le temps parachèvera son oeuvre,
Que les déboires finiront par me désespérer,
Et que nul sentiment, à sa fureur, ne pourra résister.

Ma curiosité me met, hélas, en bien mauvaise posture,
Ailée par mes sens j'ai foi en cet amour clair-obscur,
Et aussi laborieuse soit la tâche j'y consens de bon aloi,
M'importe peu cette être divin infâme et sa loi,
Je m'affaire pour celui que j'aime et dans son palais,
Il me remet son âme et de me délier de mon passé me permet ;
Mais le courroux du panthéon se fait entendre,
Faire bénir notre union ne sera pas chose tendre.

Aphrodite la beauté que tu loues est mortelle,
Elle trépassera jusque dans la tombelle,
L'histoire qui est la mienne voile l'immortalité de l'âme,
N'initie guère d'adorer leur corps aux femmes,
Car elles se voient s'éteindre avec lui, tout nous oppose,
Apprends-leur à aller cueillir leur vie dans un jardin de roses,
La coupe d'ambroisie au banquet est apothéose et drogue douce,
Une jouissance exaltée sous les rayons de la lune rousse.

Jalousies et mesquineries édifièrent mon âme,
Ces joutes essoufflées me rangèrent au rang de Dame,
Non pas passive et soumise au sort et au destin,
Mais actrice de ma liberté déjouant les pièges du malin ;
En renaissant à moi-même j'appris à aimer,
Le monde, sans mes chaînes et l'esprit des blés,
La puissance féconde d'une flamme ardente
Gravant pour l'éternité la volupté duelle dan l'attente.

Sororellement,

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Publié le 20 Avril 2014

Damnare [Droit de réponse de Lilith]

Je suis, aux yeux des Pères, l’infâme, la tentatrice,
L'impure infanticide et la mère de tous les vices,
Celle qui mène l’âme des hommes vers la perdition,
Grande enchanteresse et maîtresse en séduction,
Qui puise ses forces obscures dans les racines du mal,
Mais j’enhardis divinement le féminin et ouvre le bal,
Des introversions éclatantes et r-évolutionnaires,
Je suis celle qui prédit les grands changements sur la terre.

Ainsi les femmes dans le plus grand secret m'évoquent,
Et de l'Une à l'Autre, enlysée, je suis univoque,
Répondant aux éléments telluriques ou éthérés,
Je suis grande prêtresse aux écheveaux de la destinée,
Ennemie originelle de la cruelle et perfide Rome,
Le prodigue est fils du Roi en mon royaume,
Et j'inspire les êtres sur les chemins authentiques,
Guide et psychopompe des individualités hérétiques.

Jamais je n'ai dévoré, par gout du sang, les enfants,
J'éloigne le mensonge des faux oracles et charlatans,
Et je veille sur les métamorphoses intérieures,
Des filles sur le fil de Psyché, divinité supérieure,
Afin qu'elles conduisent leur vie sous le soleil,
Gardiennes du prisme du Temple arc-en-ciel,
Pacifiées mais rebelles à l'ordre établi par le mâle,
J'initie et instigue au contre sort de la kabbale.

Première femme, faite d'argile, tout comme Adam,
Insoumise, je jouis d'une réputation abolissant,
L'égalité des humains face à la création du Monde,
J'octroie courage et force par les entrelacs de mes ondes,
Aux damnées qui déploient leurs ailes et dont coulent les larmes,
Subissant le joug du patriarcat, je bénie leurs armes,
Afin qu'elles conquièrent pas à pas sur le terrain de guerre,
Leur liberté et leurs droits édifiant l'Utopie pierre après pierre.

Je préside à la Justice et révèle la voûte céleste,
De celles qui ne retourneront pas leur veste,
Pour un peu de pouvoir ou de volupté,
Je suis lune, terre, mer et féminin sacré,
Endiablée quand la violence s'en mêle,
Bien plus qu'un mythe, je suis le réel,
De millions de femmes en marche vers la libération,
Combattant l’oppresseur pour leur évolution.

Sororellement,

Illustration, "Lady Lilith" Dante Gabriel Rossetti.

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Publié le 18 Mars 2014

Le Printemps s'en vient [Droit de réponse de Flore]

Je suis ode à la vie, la rayonnante à la gorge laiteuse,
Les lèvres pourpres ou rose tendre, audacieuse,
Non pour le plaisir de la chair mais pour celui de rire,
Regarder la nature s'éveiller doucement, et revivre,
Après le long repos hivernal et la stagnation profonde,
Le soleil étend désormais les bras et ses merveilleuses ondes,
Pour que les couleurs pales resplendissent de mille éclats,
Et que dansent les pétales et corolles sur un alléluia.

Satanée Rome antique faisant de moi une courtisane,
Seules les initiées à mon culte sauront lire les arcanes,
De la résurrection dont il est question à mes fêtes,
Je suis lune et l'autre parmi les astres, du ciel la conquête,
Et je pourfend la mort de ma lame tranchante,
Panse avec les simples la douleur lancinante,
Des corps célestes se relevant de la guerre et du trépas,
Grâce aux incantations des sorcières et des fées des bois.

Nul ne dit que Zéphyr n'avait point mon consentement,
Quand il m'enleva pour faire de moi son épouse, librement,
Ou si, comme le veut la légende il vit en moi une femme publique,
Prostituée vouant son corps-objet facile à l'étreinte alchimique,
Des dieux dominateurs s'éprenant d'une simple mortelle,
Faisant des femmes des filles mineures, sous leur tutelle,
Ils m'impotent peu car mes racines sont en Rome ancienne,
Celle que les Étrusques ont édifiée, belle et souveraine.

A Toulouse où l'on célèbre encor le Trobar on me vénère,
Pour l'ancienne Académie des Jeux Floraux je suis l'altière,
Et les trobadors des temps modernes ressortent leur plume,
Louant la nostalgie de la grâce et les humides brumes,
Qui se lèvent aux Printemps quand l'astre diurne les pénètrent,
Laissant courir jaune d'or et rouge sang sur les vagues champêtres,
Et embrasent le coeur de toute choses en un opus commun,
Dont les nymphes se font l'écho, chantant sous les embruns.

Et la nuit et le jour, voici donc qu'ils se joignent,
En un cercle parfait tel un yin et un yang,
Il est temps de préparer l'équinoxe de printemps,
De clore le cycle en célébrant le premier jour de l'an,
Où les heures filent dans la durée parfaitement équitable,
Je suis celle qui dans les sabliers rajoute le sable,
Pour que ce clair-obscur ne dure qu'un instant fécond,
Laissant emprunter aux héroïnes l'escalier en colimaçon.

Sororellement,

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Publié le 17 Mars 2014

Lettre à France [Droit de réponse de Constance]

Mon sang et ma chair font l'histoire des Albigeois,
De Toulouse à Carcassonne sur le fil, je m'octroie,
Une ballade en terres sanctifiées par le sang versé,
Ecouter le murmure des pierres racontant le clergé,
Et l’insolente insoumission des mes gens face à l'oppresseur,
Languedociens fiers de défendre le pays qui est le leur,
Faits d'armes, paysans enhardis et noblesse révoltée,
Le diable inquisiteur semant le trépas sur les bûchers.

Sans mon époux qui sait si la croisade aurait été lancée?
Il dénonça l'hérésie et demanda main forte pour déraciner,
L'esprit de tolérance et de partage animant l'Occitanie,
Que la France souhaitait soumettre par la force et à l'envie ;
Raymond V faisant le jeu despote et sournois des catholiques,
Face à la maison Trencavel protectrice des hérétiques,
Sonna le glas de la religion dite des Bonshommes,
Uns et indivisibles dans l'esprit tels des atomes.

L'histoire ne dit pas s'il me répudia car je pris leur défense,
Avant de dire au Roi mon frère sa mauvaiseté et sa violence,
Certes, de haut lignage je fus dans le sillage du Vatican,
Si hérétique je ne fis, je ne souhaitais guère de mal à ces pauvres gens,
Qui méprisaient au plus haut point les mariages politiques,
Préférant les unions d'amour plutôt que stratégiques ;
Mais, Princesse de France je suis soumise à mon destin,
Celui d'être objet, monnaie d'échange pour Souverains.

Que n'ai-je eu la force d'âme et le courage d'Aliénor,
Mariée à mon frère, me marchandant pour mon pesant d'or,
Ma vie est une tragédie sur la quelle personne ne se penche,
A l'ombre des fastes de la cour j'ai trouvé tous mes dimanche,
Dans un petit village du Tarn ou ma fille aux yeux lilas,
Sera éduquée avec son fils aux arts et à l'amour courtois ;
Ils sont si bons que ma souffrance ne fut pas vaine,
Ils font honneur au sang bleu qui coule dans leurs veines.

En Palestine j'ai trouvé raison d'être et de rire,
A l'Ordre des Hospitalier je me suis liée pour revivre,
Dans le don afin d'oublier le sang et la croisade,
Qui ont fait rouler mes larmes en cascade ;
Les Templiers me sont grès des legs que je leur fit,
J'ai reconnu les chrétiens par leurs oeuvres accomplies,
Qui ne sont pas mensonges mais vérités sages,
Tout comme l'étaient en Languedoc les prodigues du paratge.

Sororellement,

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Publié le 14 Mars 2014

Noli me tangere [Droit de réponse de Myriam de Magdala]

Je suis l'amante, l'inconsolée, la madone et la catin,
L'initiée au culte des mystères, le saint des saints,
Celle qui fit face aux Romains sur le chemin de croix,
Qui ne trouve grâce aux yeux des hommes de la Loi,
Mon Rabouni dont je suis disciple et belle âmie,
Fut par delà les cieux mon intime envie,
Ce fils de dieu dédicant à l'amour sur son sillage,
Grand commandeur des anges, des astres et des sages.

Ma paroles et mes louanges sont fleurs bleues,
Que ma beauté sereine et sauvage transcende,
Couverte d'or et de joyaux scintillants,
Je me consume de mille feux dévorants,
Mon âme, déchaînée, au quatre directions,
Des vents déshonorants la folle Passion,
Du Christ supplicié et condamné à mort,
Trahi par les siens et condamné à tort.

Au désert mes compagnes Lilith et Salomé,
Lèvent leur voile rouge sur l'infernale réalité,
Celle des Justes sous le joug de la perversion,
Ô, prophétesses des sables, levez cette malédiction,
Qui rend aphone face aux perfides malveillances,
Et impuissante sans le sang pur de l'espérance ;
Ils ont crucifié mon Roi, celui que j'attendais,
Le visage entre les mains dans les jardins d’Éternité.

Le choeur des anges m'est tristement familier,
Je m'y suis consacrée à trop voir ma peine ruisseler,
Je ne me repens de rien, je n'ai pas commis de faute,
Mais j'erre du soir au matin la pluie filant entre les notes,
Des mélopées célestes des âmes exilées sur une île,
Celle des bonne gens souffrant, l'écume de l'amère entre les cils ;
Je suis Une et bénie entre toutes les femmes,
Le paraclet ondoyant sur moi a posé sa flamme.

Qu'importe alors que je sois la mère ou la fille,
L'épouse, la soeur, l'apôtresse ou sa seule famille,
Il a su en un regard revenir sur le Temple perdu,
Celui de l'apocalypse annonçant les anges déchus,
La jalousie des hommes n'est que feinte,
En réalité ils me haïssent, pour l'étreinte,
Celle que jamais ils n'auront en un frisson,
Qui entrelace les battements de coeurs au diapason.

Sororellement,

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Publié le 11 Mars 2014

Sang Royal [Droit de réponse d'Aliénor d'Aquitaine]

Alors que mon aïeule Languedocienne m'a légué la violette,
Le souffre m'embaume car aux hommes je vole la vedette,
Et si personne ne sait guère y lire le mercurius,
C'est que je règne en d'autres coutumes et us,
Un palais fait d'or noir aux jardins d'espérance,
Je suis la Reine, la grande Éléonore de France,
Celle que les dévots auraient pu condamner pour hérésie,
Mais, ô grands dieux, j'ai su tenir les rennes de ma vie.

La terre fertile et les eaux cristallines ont béni mon âme,
Chevauchant la vallée bercée par la danse des flammes,
Puissance et beauté auréolent de gloire mon nom,
Noblesse et patience sanctifient mon bleu d'horizon.
Ma légende est telle que les Rois se bousculaient pour un instant amantin,
Et virent en l'éclat de ma sombre prunelle l'étoile du matin,
L'éblouissante Vénus aux reflets roses et cuivrés,
Aux sens électriques et à l’envoûtante mélopée.

Mes racines s'entrelacent dans le Sud, je suis une Occitane,
Qui enrichit le Trobar à mille lieues du monde profane,
Du nectar de la voie lactée des poètes à l'aérienne vocalise,
Dans mes salons l'on ne prie ni crie, mais l'on devise,
Ma cour d'Amor d'un renom qui n'est plus à prouver,
S'est faite à l'ombre des tours et détours d'un ostal fortifié,
Et j'ai vu naître les premières grandes cathédrales gothiques,
L'architecture, autre art sacré par vagues amnésiques.

Soeurs d'armes il me plait de partir en Croisade suivie,
Par celles et ceux de mon peuple pourfendant l'ennemi,
Ou avivant mes passions et protégeant mes intérêts,
Aussi fidèlement que si nos sangs étaient mêlés.
Je manie l'épée pus finement que les fils de Pendragon,
Et le verbe aussi sûrement que les Amazones,
Le plaisir de combattre se transmet haut le coeur
Quand il s'agit de protéger et de défendre ses soeurs.

Pour m'être rebellée je perdis 16 ans de ma vie en prison,
Peine levée par mon bien aimé fils Richard au Coeur de Lion,
Scandaleuse et séductrice sont des traits qui souvent reviennent,
Quand il est question de l'insoumise et indomptable Reine,
Mes affaires de coeur semblent primer dans l'Histoire sur mon courage,
Déterrez donc mes qualités afin de me rendre hommage,
Faites de moi une femme libre et ambitieuse à souhait,
Ayant transmis la fougue et l'appétit de la vie au peuple Français.

Sororellement,

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Publié le 11 Mars 2014

Le chant du cygne [Droit de réponse de Léda&Némésis]

-Je suis l'obscure, l'absente, la fille de la nuit,
Justicière impactant bruyamment sur vos vies,
L'implacable vengeresse des crimes inhumains,
Scrutant inlassablement vos penchants malsains,
Et je rétribue équitablement à bonne ou mauvaise fortune,
L'on m'évoque par l'air et l'eau les soirs de pleine lune,
Afin de redresser le sort d'un être malchanceux
Ou de rendre clairs quelque déboire amoureux.

-Je suis la lumineuse, la présence, la grâce solaire,
Peintres et poètes romantiques fascinés par mon éther,
Brodent autour d'une histoire vielle comme le monde,
Qui aurait certainement rougit les foudres d'Esclarmonde,
Celle d'un dieu s'éprenant d'une simple mortelle,
Qui ne se soumet point à sa loi et se rebelle,
Et se retrouve fixée, éternelle, dans la voie lactée,
Ayant fui avec empressement afin de trouver la paix.

Némésis, tu combats aussi escroquerie et boniment,
Gloire aux Cieux qui t'ont vue naître, de Nyx ou d'Océan,
Mais au fond des âges importe peu ta parentelle,
Zeus n'a guère besoin d'eux pour te trouver fort belle,
A une incessante course il se presse à ton corps et tes pieds,
Oubliant même l'art consistant à te laisser respirer,
Ce jeu de plaintes et d'intimidations est harcèlement,
Sinon toi, qui peut le punir d'être aussi violent?

-Léda, en effet, Zeus nous poursuit depuis la nuit des temps,
Pour nous faire siennes, c'est humiliant et lassant,
Rien d'un beau mythe, c'est une tragédie féminicide,
Mais les gynécées sont des maisons closes aux remous acides,
Encerclant les femmes et leurs idées au minimum vital,
Une prison dorée pour l'univers microcosmique de leur mental,
Insidieusement dociles et soumises au sexe dit fort elles errent,
En Etrurie plutôt qu'en Grèce et Rome elles auraient pu s'y soustraire.

L'Oeuf nait de deux et un est un trois, maxime des alchimistes,
Nous fumes toutes deux l'ombre de l'une, pacifistes,
Quand nous aurions dû guerroyer pour notre dignité,
Au fil de ces entrelacs plutôt que gagner l'éternité,
Sans l'une et l'autre Troie n'aurait pas eu sa place,
Dans les manuels répartis dans le temps et l'espace,
Et la beauté d'Hélène aurait jouit d'un autre renom,
Si nous avions mis, alliées, nos âme au diapason.

Sororellement,

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