Publié le 21 Avril 2021

 

* * *

Aînée de ma fratrie, de naissance Romaine, 
Mes racines Toscanes m’irradient sur la scène, 
Des arts du maître Milanais Caravage, 
Mon arme, le pinceau, s'affinant avec l'âge,
Je suis reconnue comme une grande peintre baroque, 
Mon talent, bien que femme, est sans équivoque, 
Aux yeux de la brillante Cour des Médicis, 
Pourtant sexiste, mais les avis sont indivis.

Orpheline de mère dès ma plus tendre enfance, 
J'apprends de mon père la grâce et l'élégance,
Du rendu d'un dessin travaillé dans l'atelier, 
Où je suis des cours dans le plus grand des secrets,
Il ne conviendrait guère, de bonne famille,
Que je m'adonne à la peinture, car je suis une fille,
Cette activité étant réservée au sexe fort,
Importent peu, pour les surpasser, tous nos efforts.

C'est alors isolée et enfermée dans ma maisonnée, 
Que je rêve à la fenêtre, une autre destinée, 
Car c'est une vie de religieuse qui m'attends, 
Et si le divin m'inspire certes depuis que je suis enfant,
Je n'ai pas l'âme d'une dévote, épouse de Jésus, 
Je préfère encore voir dans mon atelier un homme nu, 
Et peindre les courbes de son corps et son regard mystérieux,
Pourquoi donc serais-je privée des jeux amoureux?

Hélas vint un soir ou arriva l'indicible, 
Je fus violée par un ami de la famille, invincible, 
Tourmentée et humiliée par le supplice du tribunal, 
Ce procès aura pour moi un goût inquisitorial,
Mon bourreau, pourtant condamné à l'exil,
Sera sauvé par les siens ; bien trop facile, 
Pour les hommes, d'être impunément de vils criminels, 
Quant il s'agit des femmes et de leur appétit charnel.

Me marier à un peintre fut grande libération, 
Enfin je pouvais laisser libre cours à ma passion, 
Et améliorer mon art en affirmant mon style, 
L'inspiration fertile en moi ayant élu domicile, 
Les femmes étant pour moi sujet de prédilection, 
A croire qu'excellentes, nos âmes sont au diapason, 
Il faut que nos œuvres et notre parole circule, 
Afin que se transmette la résilience en conciliabule.

    *

 

Voir les commentaires

Rédigé par Cicne&Ròsa

Repost0

Publié le 21 Avril 2021

 

 

* * *

Choisies pour notre beauté et notre grâce,
A l'âge où la raison n'a pas sa place, 
Afin d'être éduquées à la pureté la plus absolue,
Aux mœurs virginales nous sommes dévolues,
Et nous devons servir les cieux de nos dons, 
Communier et mettre nos âmes au diapason,
Afin d'honorer et d'édifier le culte,
En son antre féminin, aux forces occultes.

Dans le cloître où le jardin secret fleurit,
Les vœux éloignent de la soumission au mari,
Vierges contraintes à la blanche chasteté,
Prêtresses et gardiennes attisant le feu sacré,
Mais cette servitude est le fait d'un Pontifex,
Bien que nous soyons, dans la mission, seules Artifex
A servir et honorer Vesta la grande déesse,
Pour laquelle nous refusons toute caresse.

Si le corps réagit sous le feu d'une main amoureuse, 
Et que l'âme s'en émeut, insolente et doucereuse, 
Condamnées pour incestus par la juridiction pontificale,
Nous attend mort violente donnée par la loi des mâles,
N'ayant guère le droit à l'erreur ni à l'amour mondain, 
Le piège des enfants, conditionnées par ce culte sabin :
Jeunes filles ne vous engagez pas sur cette voie,
La perfide Rome pour les femmes est sans foi ni loi.

Rompons nos vœux et filons hors de ces murs, 
Choisissons notre destin, écoutons le murmure,
Des Oracles Sibyllins annonçant la reconquête,
De la liberté des femmes et des grands soirs de fête,
Où nous pourrons jouer et danser, offertes à la lune,
Oubliant dans nos danses nos trop grandes infortunes,
Et conjurer le sort des filles et des femmes maudites, 
Élevées pour le plaisir des hommes et par l'âge détruites.

Asservies, nous sommes, n’en déplaise aux érudits,
Il nous faut s’élever au-delà du discrédit,
Sur le fil du destin trouver le juste équilibre,
Pour caresser aux matins nos âmes libres,
Filles de l'opprobre et amantes maudites,
Notre peine n'a de fin que dans l'inespérée fuite,
Garder au creux des mains la flamme vacillante,
Guérison de nos chagrins, colonnes d'Atlantes.

 

*

 

Voir les commentaires

Rédigé par Cicne&Ròsa

Repost0

Publié le 21 Avril 2021

 

* * * 

Homme, es-tu capable d’être juste ? C’est une femme qui t’en fait la question ;
A l’origine des combats pour l’égalité des droits, connais-tu ma déclaration ?
Oui, le mariage est hélas le tombeau de la confiance et de l’amour,
Veuve à l’âge de vingt ans, je n’exclue pas que l’on me fasse la cour,
Mais je préfère écrire et garder la liberté de m’exprimer intacte,
Éditer en mon nom la militance politique en plusieurs actes,
Au nom des opprimés, de la sagesse, de l’humanité et de la patrie,
Quel qu’en soit le prix, même si je dois payer ce tribut de ma vie.

*

Embourgeoisée, j’ai reçu une belle éducation mais pourtant,
Malgré les salons réputés je lève le poing et je défends,
En pasionaria la juste cause qu’est l’abolition de l’esclavagisme,
Irisant pour mes soeurs de couleur un arc en ciel au symbolisme,
Irradiant ma psyché à tel point que les menaces de mort dont je fus l’objet,
Ne purent atteindre ma détermination et ma volonté de plein fouet ;
Mais dis-moi ? Qui t’a donné le souverain empire d’opprimer mon sexe ?
Sont-ce mon courage, mon talent, mon esprit innovant qui te vexent ?

*

Libre, instruite, engagée, si certains me virent telle une courtisane,
D’autres au contraire surent me consulter pour mes secrètes arcanes,
Quand la révolution se fut vive pour lutter ardemment contre la dictature,
Dénoncer les massacres, les fourberies anti-démocratiques et les impostures ;
Regardez-moi, non les femmes ne sont pas de petites bêtes chétives,
Qui rechercheraient l’approbation d’un mâle, entre vos bras craintives,
Elles savent prendre les armes, combattre injustice et oppression,
Et n’ont pas pour être pleinement humaines à se cacher derrière vos noms.

*

Reniée par mon propre fils je monte avec dignité sur l’échafaud,
Qu’importe si la misogynie ambiante m’assimile alors à une virago,
Oui, les femmes ont le droit et même le devoir de politiquer,
Pour défendre aujourd’hui et demain, la liberté, l’égalité et la sororité,
Et si rarement on les voit applaudir à la noble action d’une autre femme,
C’est qu’elles rivales, ils peuvent ainsi régner en patriarcat pour diviser nos âmes,
Osez donc déjouer les oracles, brisez la mauvaise destinée des Moires,
Allons enfants de la Matrie, vous vengerez ma mort, le jour de gloire …

*

Qui aurait pu prédire qu’en 2017 nous lutterions et reviendrions en arrière,
Que nos droits laborieusement acquis seraient toujours entre les mains des Pères,
Qu’il nous faudrait défendre avec ardeur nos intérêts, nos fondamentales libertés,
Car les religieux de tous bords voudraient soumettre nos âmes et nos corps cadenasser,

Qui aurait cru qu’il faudrait se soulever à nouveau contre l’insupportable esclavagisme,

Les imposteurs faisant courber le dos du peuple le molestant avec leur sophisme,
Et que nous nous déchirerions lors des présidentielles partout dans le monde,
Marchant main dans la main contre la violence, la malignité et les peine vagabondes.

*

Voir les commentaires

Rédigé par Cicne&Ròsa

Repost0